journal article Open Access Jan 01, 2022

Enfermer en « salle détente ».

View at Publisher Save 10.4000/teth.5034
Abstract
Depuis le début des années 2000, évolutions juridiques et recommandations de bonnes pratiques ont produit un ensemble de nouvelles normes visant la « bientraitance » en établissements médico-sociaux. Pour autant, l’usage de la contrainte n’a pas disparu des pratiques professionnelles en institution. Cet article interroge ce paradoxe apparent en cherchant à saisir les discours et usages qui entourent les espaces d’enfermement au sein d’Instituts Médico-Éducatifs (IME) accueillant des adolescent·e·s désigné·e·s autistes. L’« espace d’enfermement » désigne des pièces dont l’un des usages est d’enfermer à clef, seul, un individu. Cet usage est structuré autour de l’idée d’un bénéfice pour la personne enfermée, d’une dimension d’apprentissage et de progrès à travers un cadrage éducatif. Ces dimensions sont regroupées ici sous le vocable d’« objectif éducatif ». Pour autant, le recours à l’enfermement prend également la forme d’une épreuve de professionnalité, mettant en jeu les dimensions éthiques et morales du travail des éducateur·rice·s. Ils et elles cherchent à légitimer leurs pratiques en s’appuyant sur les psychologues et psychiatres, en réclamant une plus grande protocolisation. L’idée de « soupape » émerge enfin, dans l’enfermement, comme un usage pour rendre durable le travail émotionnel des éducateur·rice·s, comme une pratique par défaut au vu du contexte organisationnel.
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Jan 01, 2022
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Adrien Primerano (2022). Enfermer en « salle détente ».. Terrains/Théories, 16. https://doi.org/10.4000/teth.5034
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